l'écriture: la continuité de la respiration

L’écriture : la force des mots

Et si l’écriture était la continuité de la respiration.

La plume devient bien plus qu’un simple outil : elle est le fil invisible entre l’intérieur et le monde.
Quand les émotions débordent ou restent en suspens, l’écriture leur offre un passage, une respiration.

La prolongation de la pause, c’est cet instant suspendu où l’on ressent sans encore dire.
Écrire, alors, c’est étirer ce moment, lui donner une durée, une forme, presque une matière.
On garde à l’écrit ce qui nous traumatise, on pose les émotions pour les alléger dans notre mental et notre corps.
Les sensations diffuses, les élans du cœur, les troubles silencieux… tout cela prend corps dans les mots. Il y a des mots qui blessent.Ils sont parfois de terribles armes neutralisant les plus grands guerriers. Ils anéantissent des âmes en les transformant en limbes.


Pas toujours violents en apparence, parfois même prononcés sans intention, ils s’infiltrent, s’accrochent, se répètent en écho dans l’esprit. Un mot de trop, une phrase mal posée et c’est une fissure qui naît. À force, ces fissures deviennent des failles. Les mots peuvent enfermer, réduire, étiqueter. Ils figent une identité dans un instant de faiblesse. Ils deviennent des sentences silencieuses que l’on rejoue intérieurement, encore et encore.
Certains mots ne crient pas, mais ils usent. Lentement, ils éteignent la confiance, brouillent la perception de soi et installent un doute persistant. Qui suis je ? Suis je une imposteur dans mon activité, avec les autres ? Ce sont des maux invisibles mais bien réels.

Et puis il y a le silence après ces mots-là.
Un silence lourd, chargé de ce qui a été dit, de ce qui ne peut plus être retiré. Car une fois prononcés, les mots ne reviennent pas en arrière. Ils continuent d’exister, quelque part, dans la mémoire de celui qui les a reçus.

NÉANMOINS, il existe des mots qui apaisent. L’écriture devient médecine. Elle est comme un placébo.
Des mots qui reconnaissent, qui accueillent, qui nomment avec justesse ce qui était confus. Ils offrent un espace où l’on peut respirer à nouveau. Dire, écrire, formuler… c’est déjà transformer, c’est reprendre un peu de pouvoir sur ce qui semblait nous échapper. C’est se redonner confiance dans son corps, dans sa tête.

Les mots peuvent alors devenir des ponts.
Ils relient à soi, aux autres, à ce qui fait sens. l’écriture redonne une forme à l’indicible, une douceur à ce qui était dur, une lumière à ce qui restait dans l’ombre. Écrire ses maux, c’est parfois commencer à les déposer hors de soi. C’est leur enlever un peu de leur poids, un peu de leur emprise.

Peu à peu, les mots ne sont plus des armes mais des outils.
Ils reconstruisent une histoire, redessinent une perception, ouvrent des possibles. Ils ne font pas disparaître le passé mais ils permettent de le regarder autrement, de l’intégrer sans s’y perdre.
La plume ne traduit pas seulement : elle révèle, parfois même elle clarifie ce que l’on ne comprenait pas encore.

J’aime prendre le temps d’écrire, de poser des mots pour me délester de tous mes maux, toute cette colère qui prend toute la place, toute cette énergie négative qui prend tout l’espace.
Je me pose et je respire, la plume engagée devient la continuité de ma respiration et la magie opère.

L’écriture est un temps de méditation comme la sadhana est une routine, un cheminement vers la libération

La plume est comme une prolongation de la pause de nos émotions, elle devient la voix de notre âme puissante, hurlante.
La prose, quant à elle, en tisse les nuances, révélant ce que le cœur ému et perdu n’osait encore murmurer
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